Dis-moi tout avec Camille Etienne

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La question climatique, c'est avant tout une question de justice, avant toute chose une question de justice.

Bonjour elle, c'est Camille Etienne, et je suis principalement activiste pour le climat et autrice.

J'ai grandi en Savoie, dans un petit village qui s'appelle Pézenne en Croix, et c'était la ferme de mes arrière-arrière-grands-parents, qu'on a restauré pendant longtemps avec ma mère.

Mon père était guide de haute montagne et ma mère faisait beaucoup d'escalade, et donc j'ai grandi à faire du biathlon en compétition, alors j'étais jeune, mais ça faisait partie de ma bande de potes, j'étais dans une classe spéciale, ça faisait vraiment partie de moi, et après j'ai quitté ce monde-là pour aller faire des études en philosophie et en sciences politiques, du pro-changement.

Ça me paraissait, je pense, petite, assez ubuesque d'imaginer que nous puissions, petite chose, vraiment bouleverser des cycles entiers, faire fondre des glaciers qui étaient depuis des milliers, des milliers d'années, mais petit à petit on l'observait en fait, je voyais très bien qu'il y avait de moins en moins d'insectes, que les plantes de montagne, il fallait aller de plus en plus haut pour les chercher, que les glaciers, il fallait faire de plus en plus des marches d'approche qui étaient longues avant d'arriver à leurs pieds, et donc j'ai vu un paysage se transformer, mon paysage se transformer.

Je pouvais comparer ça avec aussi les photos de mes arrière-grand-mères au même endroit, donc quand on devient une famille très ancrée dans un territoire et qu'on a l'impression d'être la 1ère génération à potentiellement devoir faire le deuil d'une partie de notre histoire, je crois que ça a été assez vertigineux pour moi, je dirais que mon obsession.

C'est de faire sortir le maximum de gens de l'impuissance, c'est mon combat, si je dois le résumer, c'est l'idée de dire qu'on est condamné en rien à ce qui nous arrive, c'est le résultat de choix qu'on a fait, que certains ont fait parce qu'ils étaient au pouvoir depuis des années et des années, mais on peut aussi faire d'autres choix, et quand on n'est pas à l'aise avec la direction d'une époque, je crois que c'est aussi un devoir de se dire, OK, on va aller.

J'étais de la part du capitaine qui s'est endormi comme ça à la barre du gouvernail et allait reprendre un peu les rênes, donc mon obsession, c'est de faire en sorte que des gens qui sont un peu écrasés comme ça par le poids de l'existence, en se disant, tout passe, on peut décider que ce soit autrement, et donc de donner des moyens extrêmement concrets et toujours collectifs et politiques pour inverser un peu la courbe du monde, quoi.

Je ne crois pas beaucoup à l'idée de déclic, ça faisait juste partie du quotidien, c'est-à-dire qu'on s'organisait aussi en fonction du rythme des saisons, il faut qu'on ait monté le bois avant les premières neiges, il fait froid mais on peut pas, il fait bien trop de neige, il y a des trop grandes chutes mais on ne peut pas aller à l'école en bus, ça réglait vraiment nos journées, nos discussions, ça faisait partie de nos vies, mais donc le déclic, je suis pas très à l'aise avec cette idée parce que ça crée une forme de distance.

Simplement, c'est-à-dire qu'on se dit, c'est leur truc, c'est l'écolo de la famille, c'est l'écolo de la bande de potes, c'est son truc, il y en a d'autres qui aiment le sport, le théâtre, puis elles aiment bien l'écologie, donc soit ça crée un mépris, soit ça crée une admiration, mais ça crée une distance, moi ce qui m'intéresse, c'est qu'on soit rejoint, et donc c'est de défaire aussi cette étude du déclic parce qu'elle nous rend hyper passive, on a l'impression qu'il y a quelque chose qui va nous tomber dessus, qu'on a été élu comme ça, on a été touché par la grâce de l'écologie, donc on attend un déclic qui ne viendra jamais.

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