À l'été 2025, une fois n'est pas coutume, l'histoire médiévale a fait les gros titres de la presse mondiale, avec la découverte d'une source concernant le suaire de Turin.
Depuis des siècles, ce suaire de Turin est vénéré comme le linge même qui aurait vraiment enveloppé le corps du Christ après la Crucifixion, y laissant des empreintes et des taches de sang.
Des millions de fidèles ont ainsi afflué à Turin lors des ostensions publiques de 2010 et 2015, et ce alors même que le suaire a été daté du Moyen Âge par le Carbone 14 et que l'Église a accepté cette datation, ne maintenant la dévotion qu'au titre d'icône, d'image.
Si on se promène un peu sur internet, on peut vraiment avoir le vertige autour de la controverse qui entoure le saint suaire, parce que on peut vraiment lire tout et son contraire à son propos : certains affirment que le suaire porte du sang humain AB et un ADN compatible avec un homme né d'une vierge ; d'autres au contraire qu'il y a pas de sang mais des restes d'une image dégradée ; on a certains qui vont affirmer qu'il y a des inscriptions dessus, évidemment invisibles à l'œil nu, qui nommeraient bel et bien Jésus ; et puis d'autres qui disent identifier la signature du peintre italien Giotto ; on en a même certains qui disent que c'est une œuvre de Léonard de Vinci… Bref, ça part dans tous les sens !
Comme dans d'autres cas célèbres d'énigmes scientifiques, du monstre du Loch Ness à Jacques l'Eventreur en passant par la construction des pyramides, il est bien difficile de distinguer science et pseudo-science.
De ce point de vue, le document mis en lumière en 2025 par les médiévistes français est absolument passionnant, parce qu'il montre que la controverse en question a près de… 650 ans !
Ce document provient d'un traité resté inédit d'un universitaire et ecclésiastique normand, Nicole Oresme, mort en 1382.
Dans ce texte écrit vers 1370, il explique se méfier des miracles professés par le clergé, car « beaucoup d'hommes d'église trompent les autres pour qu'ils apportent des offrandes à leurs églises. » Et il cite comme le cas le plus évident celui de l'église de Champagne, où je cite : « où l'on a raconté qu'il y avait le suaire du Seigneur Jésus Christ. » Ça, c'est lui qui le dit !
C'est donc la source historique la plus ancienne qui mentionne le suaire de Turin.
Il est clair que les reliques, les restes d'un personnage saint, ou les objets lui ayant appartenu, circulent massivement au Moyen Âge : tout lieu de culte chrétien consacré doit en conserver, et souvent plus d'une.